Voyage à MadagascarPréparerLa Langue Malgache

La Langue Malgache de Madagascar

Il ne fait aucun doute que le visiteur qui débarque pour la première fois à Madagascar est frappé par les sonorités de la langue malgache comportant semble-t-il un nombre très important de « a », un peu à la manière de l’italien. Mais il se rend bientôt compte que d’autres « a », quoique écrits, ne sont pas prononcés et qu'un grand nombre de syllabes restent muettes.

Le voyageur en question a alors mis le doigt sur un aspect de la culture malgache : les non dits sont très nombreux, non seulement dans l'élocution mais aussi dans l'énoncé même des idées ; non pas que le malgache soit cachottier mais son processus de réflexion passe par le moule imagé de locutions proverbiales obscures pour celui qui n'y a pas été exposé dès sa petite enfance car elles adoptent volontiers une forme elliptique.

Discours malgaches tout en paraboles et proverbes

Ainsi, on ne vous dira pas que vous agissez à vos propres risques et périls, mais on se contentera d'évoquer le personnage mythique de Rakamisy qui a souhaité épouser un(e) originaire des Hauts plateaux (sous-entendu : avec toutes les charges et responsabilités qu'un tel engagement entraîne). De fait, les grands discours des orateurs les plus éloquents peuvent se composer uniquement de plusieurs séries de proverbes plus ou moins humoristiques, et d'apparences décousues, qui font le bonheur des auditeurs car elles visent à les désarçonner ou à leur présenter des devinettes.

Lors d'un récent mariage traditionnel, l'orateur parlant pour la famille du fiancé a mis trois minutes pour demander s'il peut commencer à parler, cinq minutes pour saluer la famille réunie au grand complet, et quatre minutes pour s'excuser de prendre la parole. A la suite de quoi, l'orateur de la famille de la mariée ne pouvait pas en faire moins, si bien qu'on a pu entrer dans le vif du sujet vers la fin de la première demi-heure : présentation du marié, de ses ascendants de la deuxième génération et de ses origines, ainsi que de son désir d'épouser la fiancée, dont les ascendants et les origines ont également été énumérés en détail. Le non-dit le plus évident est que la jeune femme est dans une situation très intéressante (son bébé naquit deux mois après les noces). Mais l'honneur était sauf : une demande présentée dans les règles de l'art par un maître de discours, suivie d'une réception en forme de banquet. Et les apparences étaient respectées.

Ne jamais offenser son interlocuteur, même si c'est un adversaire politique

Il en va de même du discours politique : on ne met pas les points sur les i, mais des allusions subtiles doivent faire comprendre à votre vis-à-vis qu'il se met le doigt dans l'œil, ce qui devrait lui permettre de faire machine arrière sans perdre la face.

L'exemple ci-dessus est assez exceptionnel, car il n'est pas quotidien. Mais prenez le cas des salutations : en apparence, rien de plus simple que de dire bonjour, bonsoir ; sauf qu'à Madagascar, il faut savoir à quelle classe sociale voire même à quelle caste appartient la personne saluée, et aussi à quelle occasion on se salue. La formule change du tout au tout selon qu'on rencontre un aristocrate chez lui ou un plébéien dans la rue, selon qu'on est Merina, Tsimihety ou Betsimisaraka, selon que la visite consiste à présenter des condoléances ou à s'enquérir de la santé d'un petit garçon qu'on vient de circoncire. L'interlocuteur risque de s'offusquer si on se trompe de formule et ne pardonnera volontiers qu'aux étrangers dont la connaissance des us et coutumes est notoirement embryonnaire.

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Lexique Malgache par Antoine