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Retournements des morts à Madagascar

Le retournement des morts est une cérémonie inconnue à l'étranger, il convient de regretter que le touriste n'ait pas l’occasion d'y assister sauf sur invitation très exceptionnelle, car il s’agit d’une fête ne mobilisant que la proche famille, les alliés et la collectivité villageoise. Certains guides touristiques en font une mention très rapide à titre de curiosité et avec un regard fortement influencé par la civilisation chrétienne et occidentale. Nous aurons cependant l’occasion de revenir sur divers rites cérémoniels que les brochures touristiques se contentent de mentionner pudiquement sans chercher à en éclaircir les tenants et les aboutissants.

Ces coutumes tenaces et profondes pourraient donc ne pas être ce que certains membres du clergé protestant voient comme un syncrétisme, voire comme une forme de paganisme à combattre à tout prix. Ils y voient en effet une forme de culte des ancêtres, car de nombreux malgaches profitent de ces rites pour demander la bénédiction ou l'intercession de leurs aïeux défunts.

L'anthropologue, lui, y voit une suite logique des forts liens communautaires tissés entre les vivants. En fait, à l'instar de nombreux bantous qui pensent « Je suis parce que nous sommes », bien des malgaches ne conçoivent pas de vie ni de mort asociales.

Les clans s'identifient comme ceux qui « vivants, habitent la même maison et morts, partagent le même tombeau ». De ce fait, il n'existe guère de tombes individuelles dans les nécropoles malgaches : ce sont tous des caveaux ou des tombeaux communautaires, familiaux ou claniques où « les crânes sont réunis ».

Les familles n'hésitent donc pas à engager de grands frais pour rapatrier les dépouilles de leurs chers disparus et, faute de mieux, pour ramener leurs cendres au bout de quelques années. L'état français l'a bien compris et a fourni de grands efforts pour rapatrier en 1936 les cendres de Ranavalona III, morte en exil en Algérie dix-neuf ans plus tôt et les enterrer dans l'un des sept tombeaux du Palais de la Reine. Rien d'exceptionnel quand on pense que les cendres de Napoléon, mort à Sainte-Hélène en 1821, n'ont été ramenées en France qu'en 1845. Mais ce sont là deux exemples de souverains – symboles, alors que le rite malgache se pratique sur le commun des mortels, le plus souvent trois à quatre ans après leur décès.

Rappelons que les tombeaux, exigus, ne peuvent pas admettre de cercueils : les malgaches sont enterrés dans des linceuls de soie brute qui pourriront à presque la même vitesse que les chairs du défunt. C'est vers ce moment qu'on procédera à une exhumation du corps pour en changer les linceuls. Un chercheur français y voit une cérémonie rappelant l'ensevelissement en terre malgache des restes d'ancêtres morts en mer au cours du long voyage de traversée de l'Océan Indien.

Il faudrait alors y rattacher le rite du bain annuel des reliques royales en pays sakalava. Comme dans ce dernier, les défunts sont en effet ramenés dans leur lieu de repos éternel une fois le linceul changé ou les reliques baignées en mer. En tout cas, il ne s'agit pas d'une occasion de tristesse et de deuil mais d'une fête marquée par des sacrifices de zébus, liesses, ripailles, danses et musique.

Un observateur railleur qui n'a pas été informé du sens profond attaché par les malgaches à cette cérémonie y a vu pour sa part « une journée de congé pour les morts qui sont transportés au village pour changer de toilette, entendre une musique entraînante et voir des festivités en leur honneur avant d'être ramenés en fanfare à leur caveau. »

Un autre étranger, lui, admire une « éducation pratique de la jeune génération qui a ainsi l'occasion de connaître en direct les coutumes et l'histoire de son lignage … et en même temps de se situer par rapport à ses nombreux parents et alliés dispersés dans tout le pays. »

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